Comment ce Festival des lanternes chinoises a sauvé Gaillac?

Illustration IA d'un Festival des lanternes chinoises illuminant une ville européenne enneigée.
Une illustration conceptuelle montrant comment une exposition lumineuse spectaculaire peut transformer une ville paisible en hiver.

En Europe, le creux hivernal hors saison est un dilemme partagé par d’innombrables petites villes. À la recherche d’une Solution pour le tourisme hivernal efficace, Gaillac, petite ville du sud-ouest de la France réputée pour son vin, a pris une décision audacieuse : introduire un Festival des lanternes chinoises. Cette célébration hivernale, née du Festival traditionnel des lanternes chinoises, a complètement changé le destin de la ville. Avant cela, le village ordinaire — dépourvu de stations de ski ou de marchés de Noël célèbres — voyait ses rues désertes et ses boutiques fermer tôt de novembre à mars. Les habitants étaient simplement habitués à l’idée que « l’hiver est comme ça ». Son hiver était si calme qu’il était presque oublié.

Mais après 2017, les choses ont pris une tournure spectaculaire.

Chaque mois de décembre, sous la lumière de la lune dans le parc de Gaillac, une « Cité interdite » de 75 mètres de long s’illuminait lentement, un dragon géant de 20 mètres de haut planait au-dessus de la pelouse, et des dizaines d’installations de lanternes teintaient le ciel nocturne de rouge orangé. Les touristes affluaient de Toulouse, de Bordeaux, et même de la frontière espagnole. Les hôtels de la ville affichaient complet, les restaurants avaient des files d’attente à la porte, et même les boulangeries locales devaient faire des heures supplémentaires pour cuire suffisamment de pain.

Tout a commencé par ce que les habitants ont appelé un pari « fou ».

« Toute la ville pensait que j'étais fou »

Au début de l’année 2017, le maire de l’époque, Patrice Gausserand, s’est rendu à Zigong, en Chine. Une nuit, il a vu les lanternes de Zigong pour la première fois — des dragons géants, des palais et des figures mythologiques façonnés en soie et en acier, à l’aspect complètement magique dans l’obscurité. Comme il l’a rappelé plus tard à l’AFP, une seule pensée a traversé son esprit :

« Et si l’on amenait ça à Gaillac, est-ce que l’hiver serait différent ? »

À son retour en France, il a présenté l’idée à son équipe municipale et à la chambre de commerce locale.

Presque tout le monde a secoué la tête. « C’est trop cher. » « Qui voyagerait en plein cœur de l’hiver pour voir des lanternes chinoises ? » « Nous avons nos propres marchés de Noël, pourquoi avons-nous besoin de ça ? »

Gausserand a admis plus tard à l’AFP que le mot qu’il entendait le plus durant ces mois était « folie ». Ce qui rendait le projet encore plus intimidant, c’était la réalité financière : le budget du premier festival s’élevait à près de 800 000 euros. Pour une ville de moins de 20 000 habitants, c’était sans aucun doute un pari colossal. Il a passé des mois à chercher des parrainages privés, heurtant mur après mur, jusqu’à ce que le propriétaire d’un supermarché local (E.Leclerc) accepte enfin de soutenir l’initiative.

Au-delà du financement, il y avait un gouffre logistique inimaginable. Des centaines de tonnes d’acier, des quantités massives de soie et des dizaines de milliers d’ampoules LED devaient être emballées avec précision dans des dizaines de conteneurs d’expédition standard, traversant l’océan depuis l’intérieur du Sichuan, en Chine, jusqu’au sud-ouest de la France. Le budget était si serré qu’ils ne pouvaient même pas se permettre une équipe de coordination transnationale professionnelle — finalement, un professeur de chinois d’un lycée local s’est porté volontaire comme traducteur. Gausserand est retourné lui-même à Zigong, faisant des gestes et expliquant aux artisans où se trouvait cette ville française obscure sur la carte, les suppliant de faire le voyage à l’étranger.

Mais il n’a pas abandonné.

Le 1er décembre 2017, le premier Festival des lanternes chinoises a ouvert ses portes dans un parc à la périphérie de la ville. Treize artisans de Zigong ont passé un mois à construire une Exposition lumineuse à grande échelle de sept hectares, comprenant 35 ensembles de lanternes exquises sur mesure.

Lors de la soirée d’ouverture, debout à l’entrée, Gausserand n’avait aucune idée de ce qui l’attendait.

250 000 visiteurs, 1 million d'euros

Lorsque les chiffres sont tombés, tout le sud-ouest de la France a été stupéfait.

En seulement deux mois, le premier festival a attiré 250 000 visiteurs — soit environ 14 fois la population de Gaillac (env. 18 000 hab.). Les ventes de billets ont rapporté 1 million d’euros à l’économie locale, ce que le maire a décrit comme une « aubaine ». Les visiteurs venaient de Toulouse, de Bordeaux, de Montpellier et même de l’autre côté de la frontière espagnole.

Les entreprises locales ont été les premières à ressentir l’impact. Un restaurateur a déclaré aux médias français que lors des hivers précédents, son établissement n’était ouvert que trois jours par semaine, ne servant parfois que deux ou trois tables par nuit. Pendant le festival, « nous étions ouverts tous les jours et avons dû embaucher des extras ». L’association locale de location de villas a rapporté à l’AFP que les réservations hivernales sur les deux années précédentes avaient doublé. Le propriétaire d’un bar a noté que son chiffre d’affaires pendant le festival était trois fois supérieur à la même période les années précédentes, l’obligeant à rappeler du personnel en vacances.

Simone, âgée de 90 ans, est arrivée en fauteuil roulant, conduite à plus d’une heure de Toulouse par son petit-fils. Elle s’est arrêtée devant la « Cité interdite » de 75 mètres de long, a sorti son téléphone et a filmé pendant un long moment. Lorsqu’un journaliste de l’AFP lui a demandé pourquoi elle filmait, elle a répondu :

« Je veux montrer à mes petits-enfants toutes les merveilles d’un autre monde. »

Cette citation a ensuite été reprise par de multiples médias, devenant la note de bas de page la plus touchante du Festival des lanternes de Gaillac.

Quand les artisans font partie de la ville

Entre octobre et décembre de chaque année, environ 80 artisans de lanternes de Zigong arrivaient à Gaillac. Ils montaient des tentes dans le parc, soudant des armatures en acier et appliquant de la soie le jour, et ajustant l’éclairage la nuit. Lors des délais serrés, ils travaillaient de 8 heures à 22 heures.

Au début, les habitants observaient simplement de loin. Plus tard, certains ont commencé à apporter du café et du pain. Finalement, plusieurs électriciens à la retraite se sont portés volontaires pour aider à passer des câbles.

« Ce sont les personnes les plus bienvenues. Vous pouviez voir des artisans chinois et des grands-pères français communiquer avec des gestes de la main. C’était comme une poule qui parle à un canard, mais à la fin, ils finissaient toujours par se comprendre. » — Un bénévole local aux médias français.

Cette collaboration interculturelle a plus tard été qualifiée d’« héritage le plus précieux du festival » par Gausserand. Il a déclaré à l’AFP : « Ce festival a créé des liens forts entre le personnel de la ville, les bénévoles et les quelque 80 travailleurs chinois qui viennent à Gaillac pendant deux mois. »

Installations localisées sur le thème du vin lors du Festival des lanternes chinoises à Gaillac, en France
Les artisans chinois ont fabriqué ces lanternes personnalisées en forme de vin et de raisin pour honorer le patrimoine local de Gaillac.

Du scepticisme à la participation

Dès la deuxième année, un subtil changement s’est opéré. Au 15 décembre, les ventes de billets étaient déjà trois fois supérieures à celles de la même période en 2017. Le nombre d’artisans chinois est passé de 13 à environ 80, et l’ampleur des installations s’est élargie.

Plus important encore, l’attitude des habitants a changé. La première année, beaucoup estimaient que « c’est le maire qui nous impose un projet étranger ». Mais lorsque les résidents sont entrés dans le parc, ils ont vu non seulement des dragons orientaux peu familiers, mais aussi des joueurs de rugby français et des vignes de Gaillac cristallines, le tout fabriqué selon les techniques du patrimoine culturel immatériel de Zigong. Les artisans chinois ont utilisé le savoir-faire oriental le plus traditionnel pour rendre hommage à la fierté locale du sud-ouest de la France.

Cette « localisation » astucieuse a complètement dissous les barrières culturelles. Dès la deuxième année, des lanternes rouges et des décorations de dragons sont spontanément apparues dans les vitrines des magasins, chez les coiffeurs, dans les bars et sur les balcons des résidents. Comme l’a décrit un reportage de l’AFP : « À une période de l’année où la plupart des magasins français sont parés de décorations de Noël, les vitrines, les coiffeurs, les bars et les balcons des résidents d’ici sont suspendus de lanternes rouges et de dragons. » Gausserand a noté dans une interview : « Maintenant, c’est le festival de tout le monde. »

Pour la troisième édition, les ventes de billets ont bondi, passant de 210 000 en 2017 à 480 000, portant le total sur trois ans à plus d’un million de visiteurs. Gaillac et Zigong ont officiellement signé un accord de jumelage. La classe de chinois du lycée local est passée d’une douzaine d’élèves à l’ensemble du niveau.

De Gaillac à une super propriété intellectuelle touristique itinérante

Après trois années consécutives, la capacité d’accueil de Gaillac a atteint sa limite absolue. Avec une moyenne de 2 000 visiteurs quotidiens en semaine et plus de 10 000 le week-end, le système de circulation de la ville était paralysé. Les hôtels affichaient complet. Un événement initialement conçu pour sauver le tourisme hivernal avait dépassé la capacité de charge physique de la ville.

Pour transformer un « miracle » ponctuel en un atout touristique durable, il fallait l’appuyer sur des infrastructures urbaines plus robustes. Par conséquent, le festival a logiquement été délocalisé à Blagnac, une ville centrale près de Toulouse dotée d’un aéroport international. Mais ce n’était pas la fin. Ce Festival des lanternes chinoises est depuis devenu une « super propriété intellectuelle touristique itinérante » farouchement convoitée par les grandes villes françaises.

Après avoir battu des records d’affluence à Blagnac, il a été invité à Montauban de 2022 à 2024. Pour la dernière saison hivernale 2025-2026, il est encore monté en gamme, atterrissant au Château de Castel Novel dans le département de la Corrèze sous la forme d’une époustouflante Exposition lumineuse à grande échelle. Du « pari » d’une petite ville à une véritable vache à lait hivernale itinérante à l’échelle nationale, les lanternes chinoises ont accompli cela en moins de cinq ans.

Une vision plus large : 92 % de part de marché mondiale

L’histoire de Gaillac n’est pas un cas isolé. Selon des rapports publics de l’agence de presse Xinhua :

  • La chaîne industrielle des lanternes de Zigong a une valeur de production annuelle dépassant les 6 milliards de RMB.

  • L’industrie emploie 100 000 personnes.

  • Elle détient 85 % du marché intérieur et 92 % du marché international.

  • En 2025, les entreprises de Zigong ont exécuté avec succès 112 projets d’Exposition lumineuse à grande échelle dans 85 villes de 19 pays.

  • En mars 2025, le Zigong Lantern Group a signé un accord de coopération à long terme avec GL events en France, faisant officiellement passer le Festival des lanternes chinoises à l’étranger d’« expositions ponctuelles » à des opérations annuelles durables.

De Houston, aux États-Unis, au quartier chinois de Singapour, et plus loin encore au Koweït et aux Émirats arabes unis, les lanternes chinoises sont devenues un produit redoutable sur le marché international du tourisme hivernal.

Trois points clés à retenir

Le cas de Gaillac offre trois précieuses perspectives commerciales et culturelles pour toute destination confrontée à une baisse du tourisme hivernal :

1.La sortie de la basse saison passe par la création d'une « raison incontournable de visite »

Gaillac n’a ni stations de ski ni sources thermales. Sa solution a été d’introduire un produit culturel entièrement étranger à la région. La clé : le produit doit être intrinsèquement viral. Un palais impérial de 75 mètres de long et un dragon de 20 mètres de haut sont naturellement parfaits pour la photographie et le partage sur les réseaux sociaux. Les touristes ne sont pas venus « pour visiter Gaillac » ; ils sont venus « pour voir les lumières ».

2.Les projets interculturels doivent être localisés

Une pure exposition de « symboles chinois », même si elle reproduit authentiquement les traditions et coutumes du Festival des lanternes chinoises, peinera à résonner profondément en terre étrangère. Les équipes chinoise et française passent deux mois à travailler ensemble chaque année, intégrant spécifiquement des thèmes du vin du sud-ouest de la France et des éléments de rugby pour s’assurer que les conceptions des lanternes préservent le savoir-faire oriental tout en s’adaptant au contexte culturel local.

3.Une exploitation durable surpasse un buzz éphémère

Gaillac a accueilli l’événement pendant trois années consécutives, accumulant de la réputation, des capacités logistiques transfrontalières et une expérience de collaboration interculturelle, ce qui a finalement permis au modèle de s’étendre à l’échelle nationale. Les événements éphémères peuvent générer des revenus rapides, mais ils ne peuvent pas s’ancrer dans le capital de marque d’une ville. Trois ans est le temps minimum requis pour qu’un festival passe du statut d’« événement » à celui de « tradition ».

L'hiver de Gaillac

Aujourd’hui, le festival des lanternes est parti, poursuivant son voyage itinérant. Mais l’hiver à Gaillac n’est pas revenu au passé.

Non pas parce que les lumières sont toujours allumées — les lumières ont disparu. C’est parce que les gens d’ici ont appris quelque chose au cours de ces trois années : l’hiver n’a pas à être simplement subi. Les membres de la chambre de commerce qui secouaient autrefois la tête racontent maintenant de manière proactive aux acheteurs de l’extérieur « l’histoire de la façon dont nous avons fait venir des dizaines de conteneurs maritimes de lanternes chinoises ». La vieille dame qui tient la boulangerie stocke toujours par habitude de la farine supplémentaire chaque mois de décembre. Et la classe de chinois du lycée reste élargie à l’ensemble du niveau.

Gausserand est encore parfois reconnu.

« Êtes-vous ce maire « fou » ? »

« Oui », sourit-il, « je suis ce fou. »

Références:

[1] France 3 Occitanie. (2021). Gaillac et le festival des Lanternes : fin de l’histoire dans le Tarn

[2] La Dépêche du Midi. (2020, February 2). Gaillac. Le Festival des lanternes, c’est fini !

[3] Franceinfo. (2017, December 1). Tarn : inauguration du festival des lanternes à Gaillac.

[4] AFP / Oman Observer. (2018, December 28). Let it glow, let it glow!

Avis de non-responsabilité : Cet article est une observation de cas d’affaires au sein de l’industrie du tourisme culturel. Les données et les développements historiques concernant les festivals de lanternes français sont destinés à analyser objectivement le cycle de vie, la logique d’expansion de la propriété intellectuelle et les modèles d’exploitation localisés des projets touristiques transnationaux pour référence par l’industrie. Les récits concernant les premières décisions administratives locales et les personnalités liées sont fournis uniquement à titre de contexte et ne constituent pas une approbation ou une évaluation d’une quelconque position politique spécifique, des affaires publiques locales ou des controverses dérivées ultérieures.

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